1642-1651 : La « grande rébellion »

Michel Maso

Directeur de la Fondation Gabriel Péri.

 

La première révolution anglaise, appelée « English civil war »par les historiens britanniques, ou encore « Grande rébellion », dure de 1642 à 1651 avec, le 30 janvier 1649, l’exécution du roi Charles 1er Stuart, 144 ans avant que les Français ne fassent subir le même sort à Louis XVI.

 

Le règne de Jacques 1er

En 1603, James VI Stuart, Roi d’Écosse, succède à Élisabeth 1re et devient Jacques 1er Roi d’Angleterre, d’Écosse, du Pays de Galles et d’Irlande.Très vite il va s’attirer l’hostilité des élites anglaises qui supportent mal d’être gouvernées par un Écossais qui, de surcroît, va tenter d’imposer une monarchie absolue de droit divin.

En outre, la forte aspiration au changement, après le long règne d’Élisabeth 1re (45 ans), va être très vite déçue car le nouveau monarque conserve, pour l’essentiel, les membres du Conseil privé de la défunte souveraine.

À tout cela s’ajoute un mode de vie personnelle jugé dispendieux et extravagant dans la rigoriste Angleterre de l’époque. Quand Jacques 1er disparaît, en 1625, l’avènement de son fils Charles 1er va susciter de nouveaux espoirs. Ils vont vite être déçus.

Parlement et monarchie : un conflit permanent

Charles 1er désire réaliser le rêve de son père : unifier l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande dans un même royaume, notamment en créant un seul Parlement (l’Angleterre et l’Écosse en avaient chacune un). En procédant ainsi c’est à l’instauration d’une monarchie de droit divin, entreprise par son père, qu’il continue de travailler et cette prétention absolutiste va heurter profondément le Parlement.

Une première crise débute en 1627. Les parlementaires entament contre le Duc de Buckingham, favori du Roi, une procédure d’« impeachment » après son échec devant La Rochelle, ville à majorité protestante, dont les Anglais tentaient de briser le siège ordonné par Richelieu. Le Roi répond par la dissolution du Parlement et en fait installer un autre, qui va se révéler tout aussi rétif.

Or si Charles peut agir à sa guise dans tous les domaines, il en est un qui lui échappe : lever les impôts est la prérogative du Parlement. Et le monarque a besoin de beaucoup d’argent pour faire la guerre en Écosse où une insurrection a débuté en 1640, pour des raisons religieuses. Il convoque donc un nouveau Parlement qui va lui imposer plusieurs lois visant à consolider ses droits contre le pouvoir royal, « la grande remontrance ». En particulier, le Parlement interdit désormais au Roi de le dissoudre.

Les trois guerres civiles

Un premier conflit militaire intervient de 1642 à 1646, qui s’achève par la victoire du Parlement dont les troupes sont menées par Oliver Cromwell, chef de la « New Model Army », composée de soldats professionnels, soudés par une foi intense et soldés régulièrement. À l’inverse, les royalistes, à court d’argent, parviennent difficilement à rétribuer les quelque 10 000 mercenaires dont ils disposent. En mai 1646, le Roi se rend aux Écossais, qui ont rejoint les troupes du Parlement.

Pendant cette période, les parlementaires voient leurs pouvoirs, tant législatifs qu’exécutifs, grandir sensiblement. Une majorité d’entre eux se radicalisent et vont jusqu’à exprimer leur souhait d’une suppression pure et simple de la monarchie.

Charles 1er va se réconcilier avec les Écossais et envahir l’Angleterre en avril 1648. Cette deuxième guerre civile s’achève, dès le mois d’août, par la victoire de Cromwell sur les Écossais à Preston. Le Parlement décide finalement de faire un procès au Roi, qui se tient du 20 au 27 janvier 1649 devant un tribunal spécial. Charles Stuart est condamné pour haute trahison et décapité le 30 janvier. Tout n’est pas fini pour autant : de 1649 à 1651, Charles II, en exil en Écosse, s’y fait couronner Roi et s’efforce, en vain, de prendre le trône d’Angleterre, vacant après la mort de son père.

Retour à la monarchie

Les années qui suivent, jusqu’à la mort de Cromwell en 1658, sont marquées par une grande ambiguïté politique et de nombreux conflits entre le Parlement et l’armée.

Cromwell se voit offrir la couronne, qu’il refuse, et devient « Lord protecteur » dans une Angleterre qui a, grâce à ses succès militaires, arrimé solidement à elle l’Irlande et l’Écosse. Richard Cromwell succède à son père, mais démissionne très vite, incapable qu’il est de contenir les conflits continuels entre le Parlement et l’armée. L’Angleterre est alors au bord de l’anarchie.

Finalement, les partisans d’une restauration monarchique pour sortir de cette situation vont l’emporter et le 1er mai 1660 les deux chambres proclament le retour à la monarchie et reconnaissent les droits à la couronne de Charles II. La révolution était terminée.

Le Parlement a affirmé sa dignité par rapport à la couronne ; le monarque ne dispose plus des moyens arbitraires de gouvernement. Mais Charles II et son successeur Jacques II n’ont rien appris. Ils sont l’un et l’autre tout aussi imbus de principes absolutistes que leur père. Ce qui conduira à la seconde révolution anglaise en 1688, à la fin de la dynastie des Stuart et à l’installation d’une monarchie constitutionnelle.

Pour citer cet article

Michel Maso, « 1642-1651 : La grande rébellion », Silomag, n° 5, nov. 2017. URL: http://silogora.org/1642-1651-la-grande-rebellion/

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