A l’affiche

Quelles villes pour demain?

Par Louise Gaxie et Alain Obadia. L’évolution de la réalité urbaine vers la constitution de métropoles qui jouent un rôle de plus en plus important dans la structuration de l’espace est devenue un phénomène majeur en France comme dans le monde. Ce processus pose de multiples questions allant de l’équilibre des différents territoires jusqu’à la réponse aux défis environnementaux en passant par la transformation des processus de prise de décisions au regard de l’enjeu démocratique. Ce dossier de Silomag a pour ambition de présenter quelques-unes des principales thématiques en débat en donnant la parole à des architectes, des élus, des universitaires ainsi qu’à des acteurs associatifs et syndicaux

Se désintoxiquer de la CAME…

Par Olivier Bouba-Olga et Michel Grossetti. L’acronyme CAME désigne la compétitivité, l’attractivité, la métropolisation et l’excellence, attributs qui seraient l’apanage des métropoles, et qui justifient nombre de politiques publiques visant à renforcer leur visibilité et leur attractivité. Quant aux périphéries, elles devraient devenir complémentaires des métropoles. Olivier Bouba-Olga et Michel Grossetti déconstruisent chacun des composants de la mythologie CAME et esquissent une autre façon de raconter les évolutions en cours. Plutôt que le tout-métropole, ils nous invitent à penser les enjeux auxquels les territoires doivent faire face en fonction de leurs spécificités.

Gentrification: la machine à déposséder

Par Mathieu Van Criekingen. La généralisation de la gentrification, à la fois comme processus et comme politique, est symptomatique de l’état actuel des rapports de force sociaux particulièrement défavorables aux classes populaires en matière de production des espaces urbains. Tandis que les espaces populaires ayant fait l’objet de nouveaux investissements s’ouvrent aux uns, ils se ferment à beaucoup d’autres, dépossédés des lieux. Mathieu Van Criekingen revient sur le sens du concept de gentrification et sur sa pertinence pour objectiver les rapports de force sociaux qui conduisent la fabrique urbaine contemporaine. Penser une alternative à ce phénomène de plus en plus massif implique de remettre en cause ces rapports de force et de reconnaître le caractère profondément politique de la production de la ville.

De la nécessité de penser les politiques publiques à l’échelle métropolitaine

Par Pierre Mansat. Si les métropoles sont trop souvent abordées uniquement sous l’angle économique, elles relèvent pourtant d’autres objectifs. Elles apparaissent comme le lieu où s’expriment et s’exacerbent les mutations spatiales et les tensions sociales. Les défis environnementaux, l’urbanisation rapide, l’étalement urbain, l’accroissement des inégalités ou encore la question des migrants constituent autant d’enjeux pour lesquelles les politiques publiques nécessaires doivent être projetées à la bonne échelle et relever d’un processus participatif. Pierre Mansat nous invite à construire des projets communs, seule manière de bâtir un destin commun métropolitain. Car si l’Europe est rentrée dans l’ère des métropoles, celles-ci ne disposent pas encore d’un espace politique à la hauteur des défis qu’elles doivent relever.

La métropole en commun

Par Julia Tournaire. Se stabilisant comme acteurs urbains à part entière, des collectifs promeuvent un urbanisme alternatif qui n’impose pas une manière d’habiter, mais part des formes de vie et de co-existence. Dans des espaces vacants et sans détermination, ils deviennent les habitants-constructeurs de leurs propres expérimentations, fixent les règles de leur « habiter » en commun et déconstruisent les fictions véhiculées par « l’urbanisme traditionnel ». Julia Tournaire nous explique en quoi ces espaces collectifs ne sont pas l’avènement d’un « commun » présumé, mais la scène sur laquelle le jouer et l’instituer. Ils sont en quelque sorte la possibilité d’autres possibles.

L’enjeu stratégique des catégories populaires dans la métropolisation

Par Catherine Tricot. La relégation des catégories populaires dans les quartiers enclavés et stigmatisés des métropoles est le résultat de stratégies urbaines dont les effets n’ont pas été anticipés. En rompant avec l’histoire du territoire et en coupant avec la ville, les grands ensembles construits entre 1960 et 1980 ont produit de l’isolement qui a contribué à la marginalisation de ces populations. Ne se positionnant pas uniquement sur le terrain de la justice sociale, Catherine Tricot insiste sur l’importance stratégique de la mise en œuvre de politiques visant à ce que les catégories populaires irriguent pleinement la ville. Cela passe nécessairement par la fin des quartiers séparés et par la prise de conscience que l’espace urbain est aujourd’hui le lieu majeur de la politique.