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Métropoles: la compétitivité pour seul modèle?

Edito

Quelles villes pour demain?

Par Louise Gaxie et Alain Obadia

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Actualités du débat

Les tendances dominantes

Se désintoxiquer de la CAME…

Par Olivier Bouba-Olga et Michel Grossetti. L’acronyme CAME désigne la compétitivité, l’attractivité, la métropolisation et l’excellence, attributs qui seraient l’apanage des métropoles, et qui justifient nombre de politiques publiques visant à renforcer leur visibilité et leur attractivité. Quant aux périphéries, elles devraient devenir complémentaires des métropoles. Olivier Bouba-Olga et Michel Grossetti déconstruisent chacun des composants de la mythologie CAME et esquissent une autre façon de raconter les évolutions en cours. Plutôt que le tout-métropole, ils nous invitent à penser les enjeux auxquels les territoires doivent faire face en fonction de leurs spécificités.

Gentrification: la machine à déposséder

Par Mathieu Van Criekingen. La généralisation de la gentrification, à la fois comme processus et comme politique, est symptomatique de l’état actuel des rapports de force sociaux particulièrement défavorables aux classes populaires en matière de production des espaces urbains. Tandis que les espaces populaires ayant fait l’objet de nouveaux investissements s’ouvrent aux uns, ils se ferment à beaucoup d’autres, dépossédés des lieux. Mathieu Van Criekingen revient sur le sens du concept de gentrification et sur sa pertinence pour objectiver les rapports de force sociaux qui conduisent la fabrique urbaine contemporaine. Penser une alternative à ce phénomène de plus en plus massif implique de remettre en cause ces rapports de force et de reconnaître le caractère profondément politique de la production de la ville.

Les métropoles à l’agenda institutionnel

Par Stéphane Cadiou. Inscrite dans l’ordre juridique national dans les années 2010, la catégorie de « métropole » n’est pourtant pas nouvelle. D’un outil d’aménagement du territoire, elle est devenue le symbole d’une politique de compétition territoriale et d’une croyance selon laquelle la croissance se joue dans les grandes villes. Dans cet esprit, il faudrait leur accorder des moyens adéquats pour rivaliser avec des territoires concurrents à l’échelle mondiale. Stéphane Cadiou revient sur la construction de cette catégorie de « métropole » et sur la complexité de son statut juridique ; complexité problématique tant les politiques publiques transférées sont importantes et touchent au quotidien des citoyens.

Confort de l’entre soi et dépolitisation de la politique locale

Par Fabien Desage et David Guéranger. Censées rapprocher les élus des citoyens, les institutions intercommunales issues des réformes de décentralisation, dont la dernière en date est la métropole, fonctionnent en fait dans une grande opacité. L’esprit de consensus qui règne dans ces structures fermées estompe les clivages politiques et permet la confiscation du débat au profit d’une technicisation de l’action publique. Fabien Desage et David Guéranger interrogent les raisons pour lesquelles les principales formations de gauche se sont converties à cette cogestion partisane des intercommunalités et mettent en évidence les dommages démocratiques collatéraux qu’elle produit.

Métropolisation: réalités, impacts et enjeux pour les agents publics territoriaux

Par Frédéric Parisot, Emmanuelle Polez et Michèle Kauffer. En s’appuyant sur les exemples de la région Hauts de France et de la Métropole européenne de Lille, ils nous dressent un état des lieux des réformes territoriales basées sur l’austérité et la compétitivité. Entre les suppressions de postes, les dégradations des conditions de travail, le renforcement du modèle hiérarchique ou encore la perte de sens et de valeurs, la souffrance au travail des agents territoriaux explose et la qualité du service diminue.

La montée en puissance du secteur privé dans la fabrique de la ville

Vidéos d’un séminaire organisé par le Plan Urbanisme Construction Architecture (Puca) dans le cadre d’un cycle de séminaires consacré aux évolutions des modes d’action publique urbaine.

D’autres possibles

De la nécessité de penser les politiques publiques à l’échelle métropolitaine

Par Pierre Mansat. Si les métropoles sont trop souvent abordées uniquement sous l’angle économique, elles relèvent pourtant d’autres objectifs. Elles apparaissent comme le lieu où s’expriment et s’exacerbent les mutations spatiales et les tensions sociales. Les défis environnementaux, l’urbanisation rapide, l’étalement urbain, l’accroissement des inégalités ou encore la question des migrants constituent autant d’enjeux pour lesquelles les politiques publiques nécessaires doivent être projetées à la bonne échelle et relever d’un processus participatif. Pierre Mansat nous invite à construire des projets communs, seule manière de bâtir un destin commun métropolitain. Car si l’Europe est rentrée dans l’ère des métropoles, celles-ci ne disposent pas encore d’un espace politique à la hauteur des défis qu’elles doivent relever.

Contre la «métropoly-sation» ou pour l’audace démocratique?

Par Martin Vanier. La métropolisation fait l’objet de nombreuses critiques : elle serait le cheval de Troie d’un capitalisme dé-régulateur mondialisé. Cette approche critique fait malheureusement barrage à une réflexion plus profonde sur les potentiels transformateurs que font grandir les contradictions de l’urbanisation dominante. La métropolisation porte pourtant en elle quelque chose de révolutionnaire : elle peut produire de nouveaux horizons d’émancipation, et devrait permettre la refondation d’une citoyenneté active comme du rôle des élus. Plutôt que de penser contre les métropoles, Martin Vanier invite les gauches à penser la métropolisation dans sa complexité et dans ce qu’elle offre comme terreau pour reprendre l’invention démocratique

La métropole en commun

Par Julia Tournaire. Se stabilisant comme acteurs urbains à part entière, des collectifs promeuvent un urbanisme alternatif qui n’impose pas une manière d’habiter, mais part des formes de vie et de co-existence. Dans des espaces vacants et sans détermination, ils deviennent les habitants-constructeurs de leurs propres expérimentations, fixent les règles de leur « habiter » en commun et déconstruisent les fictions véhiculées par « l’urbanisme traditionnel ». Julia Tournaire nous explique en quoi ces espaces collectifs ne sont pas l’avènement d’un « commun » présumé, mais la scène sur laquelle le jouer et l’instituer. Ils sont en quelque sorte la possibilité d’autres possibles.

L’enjeu stratégique des catégories populaires dans la métropolisation

Par Catherine Tricot. La relégation des catégories populaires dans les quartiers enclavés et stigmatisés des métropoles est le résultat de stratégies urbaines dont les effets n’ont pas été anticipés. En rompant avec l’histoire du territoire et en coupant avec la ville, les grands ensembles construits entre 1960 et 1980 ont produit de l’isolement qui a contribué à la marginalisation de ces populations. Ne se positionnant pas uniquement sur le terrain de la justice sociale, Catherine Tricot insiste sur l’importance stratégique de la mise en œuvre de politiques visant à ce que les catégories populaires irriguent pleinement la ville. Cela passe nécessairement par la fin des quartiers séparés et par la prise de conscience que l’espace urbain est aujourd’hui le lieu majeur de la politique.

Métropoles et luttes sociales: une rencontre impossible?

Par Stéphane Cadiou. Les métropoles forment une scène à la fois sans public et sans contrepoids sociaux au sein de laquelle les élites politiques et économiques peuvent cultiver l’entre-soi et mener des transactions à l’abri de tout contre-pouvoir. Stéphane Cadiou insiste ici sur la nécessité d’une appropriation citoyenne des enjeux métropolitains. Si les organisations sociales et syndicales arrivaient à structurer les contestations sociales de la métropolisation, elles pourraient peser durablement sur les rapports de pouvoir.

La rupture urbaine et le droit à la ville

Par Gustave Massiah. L’urbanisation et la métropolisation, combinées aux questions de l’accroissement de la population mondiale, de l’approfondissement des inégalités, de l’écologie, de la révolution technologique, du droit des peuples, impliquent la nécessité de penser des alternatives à la ville libérale-mondiale dont le modèle dominant est celui de l’ajustement structurel. Les mouvements sociaux urbains ont un rôle prépondérant à jouer dans cette perspective, puisqu’ils sont, nous montre Gustave Massiah, porteurs des valeurs de solidarité, de libertés et de démocratie, pour que le droit à la ville ne soit pas un vain mot.

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