Discriminations algorithmiques, modération des réseaux sociaux et militantisme

Les entreprises détentrices des réseaux sociaux comme Twitter, Facebook, YouTube, TikTok (pour ne citer que ceux-là) ont de plus en plus recours à des systèmes d’IA pour réguler les contenus en ligne. Cependant, cette délégation de la modération à des outils automatisés semble aller de pair avec l’apparition de nouvelles formes de discriminations en ligne. Ainsi, en plus de faire face aux violences et attaques de groupuscules d’extrême droite, les militant·e·s de gauche et issu·e·s de communautés minorisées sont de plus en plus confronté·e·s à des risques de censure abusive en ligne. Thibaut Grison explique dans cet article pourquoi se saisir des technologies algorithmiques constitue un enjeu politique en particulier pour la gauche.

L’impératif de la sobriété numérique

Le fonctionnement qui nous apparaît souvent mystérieux de l’informatique brasse son lot de représentations fantasmées et éthérées. Quoi de plus nébuleux que le « cloud computing » (informatique en nuage, en québécois) pour susciter une impression flottante d’apesanteur et de légèreté, à distance des mines d’extraction de silicium et des salles de serveurs lourdement climatisées ? Culpabilisés et mal-informés des conséquences d’une consommation de biens et de services numériques qu’ils n’ont pas toujours choisie, les citoyens n’en demeurent pas moins constamment incités à plus de consommation numérique. Fabrice Flipo réoriente notre regard en posant la question du gain réel de cette révolution industrielle. Les profits nouveaux que suscite une gestion plus efficiente des ressources alimentent une offre plus diversifiée de produits, donc de nouveaux besoins, entretenant ainsi une croissance économique néfaste pour la planète.

Hypermatérialisation du «tout numérique» et enjeux industriels

La croissance exponentielle du numérique et de son empreinte carbone nous mène-t-elle dans l’impasse ? Si des avancées technologiques promettent un numérique plus sobre, les applications concrètes sont encore peu nombreuses. Pour Sylvain Delaitre, il est donc urgent de limiter l’inflation des données, la production effrénée et très polluante de matériels électroniques et de replacer les enjeux technologiques et industriels associés dans le cadre de la délibération démocratique. L’implication des salariés, des scientifiques, des usagers citoyens dans les prises de décision stratégique permettrait de reconstruire des filières industrielles de technologies de pointe en phase avec les besoins humains et environnementaux.