big data

Faire consentir à un avenir probable ou l’instrumentalisation algorithmique

Le fétichisme de la quantification ininterrompue du monde et la puissance divinatoire que ses rentiers nous louent reposent sur un empirisme naïf, non-dénué de présupposés théoriques, et pour le moins, technocratiques. Dans cet extrait, Cédric Durand montre ainsi que cette posture épistémologique relève d’une stratégie économique qui vise à enregistrer, surveiller et orienter les comportements. Il s’agit pour les firmes du capitalisme de plateformes de maximiser leurs profits par l’optimisation du degré de certitude des probabilités qu’elles produisent et instrumentalisent, en extrayant toujours plus de données sur la vie des individus, incités à se soumettre en retour au modèle prédictif qui leur est proposé.

Hypermatérialisation du «tout numérique» et enjeux industriels

La croissance exponentielle du numérique et de son empreinte carbone nous mène-t-elle dans l’impasse ? Si des avancées technologiques promettent un numérique plus sobre, les applications concrètes sont encore peu nombreuses. Pour Sylvain Delaitre, il est donc urgent de limiter l’inflation des données, la production effrénée et très polluante de matériels électroniques et de replacer les enjeux technologiques et industriels associés dans le cadre de la délibération démocratique. L’implication des salariés, des scientifiques, des usagers citoyens dans les prises de décision stratégique permettrait de reconstruire des filières industrielles de technologies de pointe en phase avec les besoins humains et environnementaux.

La révolution culturelle du capital: du capitalisme cybernétique au cybernanthrope

L’essor des technologies numériques participe de la transformation actuelle du capitalisme. Les structures de l’économie des plateformes et la segmentation des grandes firmes en unités autonomes interdépendantes procèdent d’un même modèle réticulaire d’organisation et de transmission de l’information. Dans cet article, Maxime Ouellet montre les liens entre le développement technique des algorithmes et l’idéologie néolibérale. En appréhendant la technologie comme une forme d’objectivation des rapports sociaux, il dépeint comment la gouvernance algorithmique travaille à généraliser une rationalité purement économique en l’imposant au consommateur dans toutes les dimensions de sa vie.

La sécu au risque de la e-santé

A l’ère de l’e-santé, le serment d’Hippocrate semble bel et bien dépassé : l’indépendance du médecin, sa fidélité aux lois de l’honneur et de la probité, ou encore son respect du secret des patients font pâle figure face aux logiques de profit des entreprises privées qui s’implantent dans le secteur de la santé. Le service public de santé français n’a pas échappé à la quantification du monde portée par les acteurs économiques de la révolution numérique. Dans cet article, Audrey et Simon Woillet montrent les enjeux et les dangers du basculement du système français dans un marché des services et des biens de santé, stimulé par la croissance des technologies liées aux Big Data : marchandisation des données médicales, surveillance individuelle des patients, porosité accrue de la frontière entre soin et commerce, etc.