Débats et alternatives

Cet espace vise à rendre compte du mouvement et de la confrontation des idées. Les contributions doivent permettre d’approfondir ou de présenter une thématique en lien avec une actualité politique, sociale, économique ou encore scientifique. À titre d’illustration, les contributeurs peuvent présenter une opinion argumentée, un état des lieux d’une question ou d’une recherche scientifique ou encore les enjeux d’une controverse.
Il existe des sous-rubriques qui peuvent varier en fonction des dossiers :
des repères afin de situer et d’éclairer la thématique (focus, chronologie, définitions, chiffres clés, etc.) ;
des pensées et pratiques alternatives car notre ambition ne se résume pas à décrire l’ordre des choses, mais également penser et faire connaitre des transformations progressistes;
des expériences étrangères afin de s’interroger sur les mouvements de convergences et de divergences entre les différents pays.

Vieillissement au travail et changements: attention, un changement au travail peut en cacher d’autres…

Par Catherine Delgoulet. Les changements sont nombreux au cours d’une vie professionnelle qu’il s’agisse des changements organisationnels, des changements de travail ou encore des changements individuels en relation avec le travail. Après avoir explicité ce qui conditionne leur issue favorable ou défavorable, Catherine Delgoulet nous invite à prendre en compte l’expertise des salariés vieillissants dans le nécessaire questionnement qui devrait accompagner la conduite de ces changements.

Quelques réflexions autour du «vieillissement de la population»

Par Jérôme Pellissier. Alors que nous devrions nous réjouir de l’allongement de la vie et de la coexistence de quatre à cinq générations, cette réalité démographique est le plus souvent décrite sous une forme négative et alarmiste. Jérôme Pellissier rappelle que, derrière leur neutralité apparente, le critère de l’âge comme l’expression « vieillissement de la population » ont des usages politiques. Le premier permet de créer des catégories de la population qui n’auront pas les mêmes droits tandis que la seconde cache une peur de la vieillesse et une approche économiciste. Les clichés erronés et l’illusion d’unité qui en découlent masquent les clivages de classes et légitiment la maltraitance sociale et économique des vieux.

Un florilège des représentations modernes de l’âge et de la vieillesse

Par Bernard Ennuyer. Pour la pensée occidentale contemporaine, la vieillesse serait un mal, une infirmité, voire une maladie qui aurait des effets préjudiciables pour l’avenir du pays. Pourtant, seuls 8 % des personnes de plus de 60 ans ont des incapacités importantes d’ordre physique ou cognitif. Bernard Ennuyer revient sur les origines de cette phobie démographique française et nous montre à quel point elle reste très actuelle. Il déconstruit les différents ressorts de cette représentation sociale en complet décalage avec la réalité et le vécu des personnes vieillissantes et nous invite à questionner l’âge comme catégorie de pensée.

Sortir du mythe du vieillissement démographique pour inventer une société à quatre ou cinq générations

Par Christian Heslon. Contrairement aux idées reçues, l’allongement de l’espérance de vie n’a pas engendré un vieillissement de la population, mais un léger « rajeunissement » tout simplement parce que l’on devient « vieux » plus tard et non plus longtemps. En effet, Christian Heslon nous enseigne qu’à chaque fois que la vie s’allonge, ce n’est pas de la vieillesse qui s’ajoute à la vieillesse, mais de nouveaux âges de la vie qui apparaissent. Il en décompte sept et nous invite à inventer un nouveau rythme prenant en compte les enjeux intergénérationnels et permettant à chacun de trouver simultanément place et utilité sociale à chaque âge de sa vie.

Rajeunir les idées sur la vieillesse. Introduction à la pensée de Lucien Sève (et extraits)

Par Michel Maso. À rebours d’une conception naturaliste du cours de la vie au sein de laquelle la vieillesse se résumerait à un déclin, Lucien Sève propose de construire une conception historico-sociale de la « vieillesse ». Il appréhende l’âge comme un rapport social et l’au-delà de la vie professionnelle comme une troisième vie au cours de laquelle des femmes et des hommes rendent d’éminents services d’utilité publique. À un monde géré par la recherche du profit maximum à court terme qui multiplie le vieillissement artificiel, il oppose le développement de toutes les forces humaines comme seule fin en soi de l’histoire. Michel Maso introduit ici cette pensée riche et complexe qui contribue au rajeunissement des idées sur la vieillesse.

La retraite, un nouveau départ

Par Catherine Bergeret-Amselek. Expérience de passage, la retraite est une étape de notre développement à la fois déstabilisante, mais aussi épanouissante et attrayante, car elle permet de libérer du temps pour partager, échanger ou profiter des plaisirs de la vie. Revenant sur cette dimension existentielle de la retraite, Catherine Bergeret-Amselek insiste aussi sur le rôle pivot des baby-boomers qui constituent bien souvent la clé de voûte de l’équilibre familial tout en étant les acteurs de la transmission générationnelle ; autant de rappels bienvenus pour faire tomber les tabous et les idées reçues sur la vieillesse.

La participation associative et le bénévolat des retraités: état des lieux

Par Lionel Prouteau. S’appuyant sur les résultats d’une enquête qu’il a dirigée en 2017, il nous propose un panorama des pratiques associatives et bénévoles des retraités. De leurs secteurs de prédilection à leurs caractéristiques sociodémographiques et socioprofessionnelles, ces données nous donnent de riches informations sur le profil de ces retraités et sur leurs domaines d’intervention. Si le bénévolat ne leur est pas spécifique, ils sont les gros pourvoyeurs de dons de temps. Reste à ne pas instrumentaliser leur utilité sociale indéniable pour pallier le désengagement de l’État.

Du logement à l’habitat

Par Férial Drosso. Les personnes âgées souhaitent avant tout continuer à vivre chez elles, dans leur quartier, avec les autres et comme les autres. Cette aspiration implique certes des logements adaptables et des professionnels pour conseiller et accompagner les améliorations. Mais elle implique surtout d’agir sur tout ce qui bride les possibilités de sortir de chez soi en toute sécurité et d’avoir accès aux aménités de « la ville ». C’est pourquoi Férial Drosso insiste ici sur l’importance de lier de manière indissociable la question du logement à celles de l’habitat, de la mobilité, des transports et plus généralement de « l’accès à » ; autant de politiques qui viseraient non plus le « maintien à domicile », mais le « maintien dans la ville ».

Les dégâts du néo-management dans l’éducation

Par Pierre Daurillac. Autoritarisme, absence de concertation, intimidation voire pratiques illégales, tentatives de division et casse des solidarités, dégradation du climat scolaire ou encore souffrance au travail sont quelques-unes des conséquences des nouvelles méthodes managériales qui s’implantent dans les établissements scolaires. Un enseignant nous raconte son expérience dans un collège classé « éducation prioritaire ». Elle devrait nous alerter sur les transformations en cours !

La réforme des lycées professionnels: un enjeu de société

Par Élise Boscherel, Germain Filoche, Julie Mandelbaum. Tandis que les réformes de l’Éducation nationale suscitent de vives protestations, l’une d’entre elles est très peu évoquée alors que ses enjeux sont primordiaux. Présentée sans concertation en mars 2018 et effective dès la rentrée 2019, la réforme des lycées professionnels semble avoir pour principal leitmotiv la réalisation d’économies au détriment des élèves de ces lycées, pour la plupart issus de milieux populaires. Élise Boscherel, Germain Filoche et Julie Mandelbaum reviennent sur le contenu de cette réforme qui va considérablement affecter la qualité de la formation de ces lycéens, déjà pénalisés par la réforme de Parcoursup, comme leur possibilité de développer leur bagage culturel. Au lieu de venir renforcer les perspectives de précarité et de violence sociale, une réforme ambitieuse de l’enseignement professionnel devrait être guidée par les exigences de réussite et d’émancipation.