Contre le fanatisme, miser sur les ressources de l’art

Temps de lecture : 3 minutes

Laurent Etre

Rédacteur en chef de La Pensée et journaliste à l’Humanité

 

Le psychanalyste Roland Gori interroge les conditions sociétales favorables à l’émergence de l’idéologie mortifère et fascisante qui nourrit le terrorisme. Selon lui, l’art doit retrouver sa fonction sacrée afin de ne pas abandonner la dimension symbolique de l’homme aux religions.

Commençons par relever le sous-titre de ce nouvel ouvrage du psychanalyste et essayiste Roland Gori : « la fabrique des terrorismes ». Des terrorismes, et non des terroristes. La nuance est importante. Elle manifeste d’emblée que l’objet du livre n’est pas tant d’identifier des profils-types et les causes de leur passage à l’acte — ce qui mobilise déjà nombre de spécialistes — que de réfléchir au terreau sur lequel germent ces idéologies religieuses mortifères que l’auteur nomme « théofascismes ».

La réponse à ce questionnement vient dès les premières pages, et elle ne cesse de s’affiner au fil des chapitres : si l’on résume, c’est du vide politique et culturel, et même, pourrait-on dire, existentiel, de nos sociétés technocratisées et financiarisées que surgit le terrorisme djihadiste.

Autrement dit, c’est en redonnant de l’esprit à notre monde aujourd’hui gangrené par l’utilitarisme et la religion du chiffre, en forgeant «un nouveau pacte d’humanité», selon l’expression de Roland Gori, que nous attaquerons à la racine la menace terroriste, ainsi que les replis nationalistes et réactionnaires.

Attention : Roland Gori ne prétend pas « tout expliquer » par cette misère spirituelle de notre temps. Il dit seulement, en substance, que l’actuel déficit de « récits collectifs émancipateurs » est l’une des « multiples causes des terrorismes et mouvements régressifs » de nos sociétés, et que c’est sur cet aspect qu’il entend, pour sa part, s’attarder.

« L’art peut assumer sa part dans la lutte contre les fanatismes qui se réclament du “religieux”»

L’une des implications les plus fortes de cette démarche réside dans le fait de ne pas abandonner la dimension symbolique de l’homme aux religions. Il s’agit, au fond, d’affirmer qu’une politique tournée vers l’émancipation humaine, et donc, à même de désamorcer les intégrismes de toutes sortes, ne peut faire l’économie d’une réponse à un « besoin de croire » et un « désir de sacré » finalement inhérents à la condition humaine.

La «pleine reconnaissance de la fonction sociale de l’art» est l’une des pistes avancées. « L’art peut assumer sa part dans la lutte contre les fanatismes qui se réclament du « religieux ». Il n’a pas à renouer avec la religion, mais à retrouver auprès des peuples une fonction sacrée. Cela éviterait que ces mêmes peuples ne recherchent à satisfaire leur besoin de « spiritualité politique » dans les drogues dures des fanatismes. (…) Là où la religion abaisse l’homme, l’art tend à l’élever », estime l’auteur.

Évidemment, cette sacralisation de l’art va de pair, pour lui, avec l’éducation et la justice, entre autres.

On jugera peut-être ces considérations trop abstraites. En même temps, ne mettent-elles pas le doigt sur un véritable impensé de notre époque, si dangereusement prompte aux « réponses » rapides, toutes faites, à des problématiques toujours complexes ?

Plus proche de la libre méditation que du traité politique, ce livre offre de belles fulgurances, propres à nourrir l’esprit des lectrices et des lecteurs.

 

Roland Gori, Un monde sans esprit. La fabrique des terrorismes, éditions Les Liens qui Libèrent, 2016, 240 p.

 

Pour citer cet article:
Laurent Etre, « Contre le fanatisme, miser sur les ressources de l’art », Silomag, n° 1, 2 mars 2017. URL: https://silogora.org/un-monde-sans-esprit-de-roland-gori/

Pour citer cet article

Laurent Etre, « Contre le fanatisme, miser sur les ressources de l’art », Silomag, n° 1, mars 2017. URL: https://silogora.org/un-monde-sans-esprit-de-roland-gori/

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