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Sélection de textes pour penser l’évènement
Nous vivons un évènement biologique, sanitaire, social, politique et sociétal majeur. Cet évènement exacerbe la crise systémique qui caractérise notre époque dans ses différentes manifestations qu’il s’agisse des crises sociale, économique, financière, politique, écologique, culturelle et idéologique.
Après avoir mis du temps à prendre acte de l’existence de cet évènement, nous sommes nombreux à chercher à le connaître et à le comprendre. Il est primordial de réfléchir aux questions qu’il pose, d’analyser ce qu’il nous révèle et d’en tirer les enseignements nécessaires.
C’est pourquoi Silo vous propose ce réservoir d’articles, notes, tribunes qui sont publiés dans cette période. N’hésitez pas à nous faire part de vos lectures instructives.

 

«Face à une crise économique inédite : le nécessaire engagement massif de l’État»

Article de Gaël Giraud, Revue Projet, 1er avril 2020. 

L’obstination des Rhéno-flamands à refuser toute mutualisation des dettes souveraines pourrait contribuer, au sortir de la crise, à une profonde remise en cause du projet européen : qui, aujourd’hui, fait mine de venir en aide aux Italiens ? Les Chinois9, les Russes et les Albanais. Disons-le, les 37 milliards d’euros (0,3% du PIB de la zone euro) prélevés sur le budget communautaire sont ridicules, comparés à l’effort budgétaire qu’il faut consentir pour éviter à l’économie européenne une dépression au moins aussi sévère que celle de 1929. Quelques calculs élémentaires suggèrent que ce sont au moins 10% du PIB européen qu’il faudrait injecter dans l’économie. Cela suppose, bien sûr, la mise en place d’un pilier politique au sein des institutions communautaires. Ce qui, depuis la création de la zone monétaire, fait défaut au projet européen10. L’absence de coordination soulève déjà une question : à quoi bon une Union si elle ne permet même pas de faire face à une telle pandémie ? Si les États se retrouvent seuls, une fois de plus, pour agir ?

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«Sauver le capitalisme ou changer d’économie?»

Tribune d’un collectif, Libération, 2 avril 2020.

La sauvegarde de l’économie productive de biens et de services passe par la reprise en mains des entreprises par les salarié·e·s et le pouvoir donné aux usagers de déterminer ce qu’il faut produire. Nous ne pouvons plus laisser les forces du marché déterminer les investissements et les citoyen·ne·s doivent pouvoir déterminer les grandes orientations de l’économie par un système financier socialisé géré par elles et eux, comme l’a été le régime général de sécurité sociale de 1947 à 1967. L’exercice commun d’une telle démocratie économique suppose que nos vies soient libérées de l’aléa de marchés sur lesquels nous n’avons guère de prise. Alors que notre humanité est aujourd’hui à un tournant qui lui permet de sauver son existence, une partie de la gauche et de l’écologie politique reste silencieuse sur cette opportunité qui porte en elle ses aspirations : la sauvegarde de l’environnement et la disparition de l’exploitation du travail et de l’aliénation marchande.

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« Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie…»

Lettre ouverte au Président de la République d’Annie Ernaux, 30 mars 2020.

Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité.

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«La concurrence entre Etats sur l’achat de matériel médical et sanitaire aggrave le problème»

Tribune de Laurence Folliot Lalliot, Le Monde, 30 mars 2020.

Plus question d’appels d’offres transparents, les délais en sont trop lents, les procédures trop rigides. Partout sur la planète, l’heure est à la négociation directe, aux marchés de gré à gré, instruments utiles dans les situations d’urgence sanitaire, mais qui s’accompagnent souvent d’un cortège prévisible de favoritisme, malversations, et surfacturations, porteurs de futurs contentieux.

Ce constat a été dressé lors d’un colloque en ligne, « Public Contracts and the Covid-19 Coronavirus », qui a réuni le 23 mars des spécialistes de la commande publique de plusieurs pays, sous la houlette des professeurs Christopher R. Yukins (George Washington University) et Gabriella Racca (université de Turin). Les participants ont décrit une véritable course aux lots de matériels hospitaliers et sanitaires, notamment à travers des sites d’enchères en ligne sur lesquels les centrales d’achats mais aussi les grands acheteurs publics se positionnent, prêts à bondir sur les offres postées par les entreprises.

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«Covid-19 : des inégalités multipliées»

Tribune du collectif « Pas sans nous », Blog de la Coordination nationale Pas sans Nous, 22 mars 2020.

Au-delà de l’engagement sans faille de tous les soignants, médecins, urgentistes, infirmières et de tous ceux qui permettent les soins, ce sont les classes populaires qui font les premières les frais de cette crise sanitaire et politique : SDF, migrants, Roms, et tous ceux qui sont appelés à continuer à travailler pour faire tourner l’économie : caissières des grands magasins, éboueurs, femmes et hommes de ménage, aides-soignant.e.s, aides à domicile, livreurs… Toute une main d’œuvre précaire et à bas salaire à qui aucune protection sanitaire n’a été accordée, inquiète d’être à son tour contaminée et de contaminer son entourage.

Ce sont également les classes populaires qui seront les premières touchées par la précarité engendrée par le chômage partiel et les licenciements autorisés pendant la crise.

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«L’épreuve politique de la pandémie»

Article de Pierre Dardot et Christian Laval, Le blog des invités de Mediapart, 19 mars 2020.

Deux choses sont désormais apparues à des millions d’hommes. D’une part, la place des services publics comme institutions du commun capables de mettre en œuvre la solidarité vitale entre humains. D’autre part, le besoin politique le plus urgent de l’humanité, l’institution des communs mondiaux. Puisque les risques majeurs sont globaux, l’entraide doit être mondiale, les politiques doivent être coordonnées, les moyens et les connaissances doivent être partagées, la coopération doit être la règle absolue. Santé, climat, économie, éducation, culture ne doivent plus être considérées comme des propriétés privées ou des biens d’État : ils doivent être considérés comme des communs mondiaux et être institués politiquement comme tels. Une chose est désormais sûre : le salut ne viendra pas d’en haut. Seules des insurrections, des soulèvements et des coalitions transnationales de citoyens peuvent l’imposer aux Etats et au capital.

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«La pandémie du capitalisme, le coronavirus et la crise économique»

Article d’Eric Toussaint, Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), 18 mars 2020.

Les grands marchés boursiers sont dominés par une centaine de grands groupes privés, leurs actionnaires font partie du 1 %, voire même du 0,1 %. Ces grands groupes privés jouent un rôle dans le déclenchement de la crise boursière et son extension. Parmi eux on trouve une trentaine de grandes banques, une dizaine de grands fonds d’investissements – parmi lesquels BlackRock, Vanguard, State Street et Pimco jouent un rôle clé-, il faut y ajouter les GAAF – Google, Apple, Amazon, Facebook -, de grands conglomérats industriels, une petite dizaine de grandes sociétés pétrolières, quelques grands fonds de pension

Cette poignée de grands capitalistes et les États-majors de leurs entreprises sont fortement interconnectés car il y a systématiquement des participations croisées […].

L’important pour un grand actionnaire est de vendre quand le prix n’a pas encore trop baissé, donc de vendre un maximum le plus vite possible, ils utilisent d’ailleurs des logiciels programmés pour vendre des actions dès qu’un mouvement de vente atteint un certain pallier, d’où des journées avec des chutes considérables suivies le lendemain de remontée car ceux qui ont vendu la veille au début de la chute peuvent se dire que cela vaut le coup de racheter des actions à un prix inférieur de 5 ou de 10 %, voire de 20 %, que le prix auquel ils les ont vendues en début de séance la veille.

Cela explique la succession de journées noires, suivies de journées de remontée. Ce qui est certains c’est que malgré les remontées momentanées, la tendance générale est à une véritable purge. La bulle boursière éclate sous nos yeux.

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«Crise du Covid-19: donner la priorité à la reproduction sur la production»

Article d’Aurore Koechlin, Contretemps. Revue de critique communiste, 18 mars 2020. 

Si la production est sans limites, la nécessaire reproduction vient lui en donner. La crise du coronavirus peut être interprétée dans ce sens.

Ainsi, les mesures du gouvernement face au coronavirus sont révélatrices de la situation de crise que nous traversons. Car même si elles arrivent criminellement tard, précisément parce que les capitalistes ont favorisé pendant de nombreux mois la production sur la reproduction (ici, la santé des travailleurs et des travailleuses), leur niveau de réaction est un indicateur de l’ampleur de la menace.

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«Coronavirus: le soin n’est pas la guerre»

Tribune de Pascale Molinier, Professeure de psychologie sociale, Université Sorbonne Paris Nord, Libération, 17 mars 2020.

Si les ravages immédiats du Covid-19 seront mesurables, en revanche les incidences des carences de care seront plus insidieuses. Ce qu’on appelle le travail de care répond aux besoins primordiaux d’être propre, de manger, de se reposer, d’être rassuré, traité avec attention, comme une personne digne d’être écoutée, blaguée, câlinée… Nombre de personnes fragiles, âgées, handicapées, porteuses de pathologies chroniques vont dans les semaines qui viennent dépendre encore plus étroitement des soignant·e·s de proximité, infirmières libérales, aides à domicile, personnel des institutions gériatriques ou des MAS (maisons d’accueil spécialisées).

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«Covid-19 : un virus très politique»

Article de Patrick Silberstein, Blog Entre les lignes entre les mots, 11 mars 2020.

Une telle crise sanitaire appelle, me semble-t-il, à la fois des mesures de pouvoir et une prise en charge démocratique. Le gouvernement des capitalistes, les destructeurs du service public, les technocrates et les adeptes des mesures liberticides doivent se voir opposer une autre logique. Celle du mouvement social et de la gauche qui ont construit la Sécurité sociale, l’hôpital public et la recherche publique que les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de freiner, de détourner, de démanteler ; sans oublier les alternatives qui ont été produites et expérimentées par ce même mouvement social.

Il est donc nécessaire de dire des choses concrètes qui répondent à la fois aux problèmes réels et à l’inquiétude et qui soient aussi porteuses d’alternatives.

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« L’hôpital ne peut pas fonctionner comme une clinique privée qui choisit ses patients pour optimiser sa plomberie »

Tribune d’André Grimaldi, Anne Gervais Hasenknopf et Olivier Milleron, Le Monde, 11 mars 2020 (réservé aux abonnés).

On découvre, s’il était besoin, l’aberration d’un financement de l’hôpital majoritairement par la tarification à l’activité : l’impossibilité d’avoir des taux d’occupation des lits à 100 %. Oui, il faut disposer d’une structure hospitalière publique assumant d’avoir, en permanence, des lits disponibles. La crise actuelle met en exergue cette nécessité en phase épidémique du coronavirus SARS-CoV-2. Il faut isoler les patients infectés, surveiller les cas peu sévères, mais risquant de s’aggraver, et prendre en charge les formes graves. Et, tout au long de l’année, il faut disposer d’une marge d’activité et de lits disponibles […].

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